Peter Alliss - Epilogue

 

C’est étrange de voir comment vous vous souvenez de certaines choses et de certains événements qui se produisent tout au long de votre vie.

 

C’était à la fin de la Seconde Guerre mondiale, au milieu des années quarante. J’avais 14 ans lorsque mon père, Percy Alliss, l’un des meilleurs professionnels du Ferndown Golf Club situé à seulement quelques kilomètres au nord de la station balnéaire de Bournemouth, m’a appelé. Il m’a dit : « Je veux que tu viennes avec moi au Parkstone Golf Club et que tu sois mon cadet. Je joue dans un match amical auquel, je pense, tu apprécieras de faire partie. »

 

Je n’imaginais pas à l’époque que ce serait quelque chose de particulièrement exceptionnel. Mis à part le fait que le professionnel du club de Parkstone était Reggie Whitcombe, le héros du Dorset qui avait remporté l’Open britannique de 1938. Parkstone est un ravissant parcours qui surplombe la ville côtière de Poole. J’ai toujours aimé regarder jouer Whitcombe. C’était un grand homme qui possédait un swing rapide avec un vol de balle splendide. Une vitesse divine.

 

Nous sommes donc arrivés, mon père et moi, au club. Il y avait ce monsieur en tenue militaire kaki. Je ne l’avais jamais vu auparavant. Et Frank McInnes, un amateur bien connu de la région de Bournemouth.

 

J'ai vite découvert que le monsieur n’était autre que Bobby Jones, un nom dont j'avais très peu entendu parler. J'ai surpris des extraits de leur conversation, mais rien qui me soit vraiment resté à l'esprit aujourd’hui.

 

C’est environ dix ou douze ans plus tard que j’ai réalisé que j’avais été en présence de Bobby Jones, peut-être le plus grand joueur de son époque. 

L'une des nombreuses choses étonnantes à propos de Jones était le fait qu'il jouait en amateur. Ce n’est qu’à la fin de sa carrière qu’il a participé à quelques films pédagogiques pour la Warner et ceux-ci ont été mis en vente pour le grand public. Jones a touché une certaine somme d’argent pour ce travail et les autorités du golf amateur ont peu apprécié cela…

 

Je l’ai rencontré pour la deuxième fois en 1966, à Augusta. J’avais reçu un certain nombre d’invitations à participer à l’événement mais, ce jour-là, ce fut ma première visite. Jones commençait à montrer des signes de la maladie qui finirait par le vaincre. Il fumait aussi beaucoup et appréciait le goût du whisky écossais.

 

Cependant, sa vie privée n’était pas un livre ouvert. En public, c’était un homme élégant. Sa philosophie avait toujours été d’essayer de jouer au mieux de ses capacités. Cela n’a jamais été, à ses yeux, un signe de faiblesse de féliciter son adversaire d’un « excellent coup ».

 

En 1930, Bobby Jones a remporté l’US Open et l’Open britannique, ainsi que leurs deux championnats amateur. Un exploit qui ne pourra jamais se reproduire. Il a pris sa retraite à 28 ans. Mais remarquablement, pour cette courte période de jeu, il a laissé une empreinte sur le golf qui est encore admirée et respectée.

 

Il était le pilier du fair-play et de l’honnêteté. Malheureusement, ce comportement est devenu assez rare aujourd’hui. Mais je crois sincèrement, j’espère et je prie, que la considération envers Bobby Jones, envers l’esprit humain, restera avec nous pour toujours. Il était un homme vraiment remarquable.

 

Bonne lecture à vous et merci à Frédéric pour ses poèmes que j’apprécie.


Peter Alliss, 20 juin 2020.